Ce matin là, tout près de moi, la Bretagne est devenue aussi grise que les dalles de béton du passé. Son visage marqué s'est révélé d'une évidence dont j'ai sculpté chaque contour, chaque geste naturel. Son aube me ressemblait au plus près d'une fracture dans le temps, celle qui suffit un jour à comprendre des milliers d'heures à s'éprendre ou se perdre consciemment.
J'ai aperçu alors des mots dans cette vérité qui ne disait pas le loin d'un pays, mais l'injuste déraciné de mes propres sentiments. Que veut donc dire cet absolu barbare à qui j'ai fait l'amour toutes ces heures asphyxiées pour me rendre au réel, un matin si limpide ? Je ne sais pas encore.
Aux pieds du mur d'un ailleurs viennent se compresser les souvenirs, les tentatives et les échecs d'une décade, à l'avant garde d'une liberté pour s'apprendre à nouveau et redevenir celui que j'étais, cet être doux, d'où ?
Ce matin d'après, tout près de moi, j'ai eu besoin pour avancer vraiment de tous les membres de ma famille et de tout l'oxygène d'un endroit pour éclore.
Papa, maman, j'ai envie de réapprendre à marcher dans vos yeux puisque cette Bretagne est devenue ma putain triste, puis de reconquérir à ce jour, le frais accent de mes enfants.